Le Chevalier Ténèbre de Paul Féval

 

Mené à vive allure avec tous les rebondissements propres au feuilleton et portant à la fois l’empreinte des romans noirs et des romans d’intrigues, Le Chevalier Ténèbre conte les aventures de deux êtres énigmatiques, les frères Ténèbre, séducteurs et voleurs, qui, partis de leur Hongrie natale, traversent toute l’Europe, usant de mille et un travestissements et de masques de toute sorte, pour se livrer à leurs méfaits et ruiner des familles entières.

 

Traité sur le mode ironique, le thème du vampire trouve sans doute ici une de ses illustrations les plus singulières En effet, tout en usant avec habileté des procédés du roman fantastique, Féval s’amuse constamment à en désamorcer les effets. Malgré le malaise entretenu chez son lecteur par la permanence d’un réel climat inquiétant, le recours systématique à l’humour bouffon et la succession de situations toutes plus extravagantes les unes que les autres concourent davantage à amuser qu’à effrayer.

 

Dans la masse des écrits en circulation au XIXe siècle, le mot vampire et le thème qui s’y rattache ont connu une carrière particulièrement brillante.

Croyance populaire, superstition encore au XVIIIe siècle, le vampire est devenu objet littéraire au XIXe siècle. Chaque auteur semble avoir tenu à apporter sa contribution, Nodier, Hoffmann, Gogol, Gautier, Dumas, Poe, Baudelaire, Tourgueniev, Lautréamont, Mérimé, Le Fanu, et bien d’autres avant le Dracula de Bram Stoker (1897). La place de Paul Féval dans cette littérature du vampire est intéressante à observer car il traite ce sujet en adoptant diverses positions. Trois textes, publiés de 1856 à 1875, proposent une reprise sérieuse du thème (La Vampire), sa parodie (Le Chevalier Ténèbre) et un pastiche des romans noirs anglais (La Ville-Vampire).