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De la mastication des morts dans leurs tombeaux (De Masticatione Mortuorum in Tumulis) 1728

 

Texte traduit du latin et présenté par Danielle Sonnier.

En 1725, les gens de Kisolova, en Hongrie, exigent l’exhumation et l’exécution de Plogojovitz, un villageois mort depuis peu, qu’ils accusent d’être un vampire.

Le philosophe allemand Michaël Ranft, reprenant en 1728 le motif plus ancien de la « mastication des morts dans les tombeaux », analyse les données du rapport officiel de l’administration autrichienne : nous avons là les prémisses de la construction mythologique du vampire, ce « revenant en corps » dont on connaît la fortune...

Au carrefour des voies rationalistes, des chemins théologiques et des sentiers ésotériques, anti-mécaniste et éclectique, Ranft s’avance toujours lesté du savoir de l’Antiquité, pour défendre la thèse de la Magie Naturelle... Au-delà d’un blason macabre du corps (comment vivent encore dans la tombe ongles, cheveux et peau, humeurs, sexe et sang ?), soucieux de redéfinir la matière, le passage entre vie et mort, de distinguer la croyance dans les forces occultes de la sorcellerie, d’anéantir la superstition, de comprendre la contagion de la peste et le processus de la corruption, à son corps défendant, Ranft célèbre en fin de compte au cours de son enquête la puissance fantastique de l’imagination : voilà une nouvelle figure de la crise d’affranchissement de l’esprit vis-à-vis de la matière et le principe magique par excellence qui commande aux grandes manifestations hystériques de la première moitié du xviiie siècle. [Première traduction du latin]

 

  • Editeur : Jérôme Millon (1 novembre 1998)
  • Collection : Petite collection Atopia